De Najac à Dumont D’Urville, de l’été austral à l’hiver antarctique.
Vlog

De Najac à Dumont D’Urville, de l’été austral à l’hiver antarctique.
Ils sont arrivés les nouveaux.
Cindy, Pierre et Gabriel sont les nouveaux hivernants de la station météo de Dumont d’Urville.
Que c’était émouvant de les voir pour de vrai. J’ai beaucoup pensé à eux en préparant cette passation et maintenant, ils sont là ! Pleins d’enthousiasme et fin prêts !
Je vous leur souhaite un bon hivernage !
C’est la dernière activité des hivernants. Celle que tout le monde veut faire. Les hivernants sortants (dont je fais partie) sont ultra-prioritaires. Mais entre les veilles météo, le mauvais temps, et les repos des ornithos… je n’ai pas pu y aller avant l’avant-dernier jour de manip’.
Je suis donc partie le 2 décembre, avec des néophytes : Lise, Narcisse (nouvelle boulangère) et Alex (pilote d’hélicoptère) et des experts : Doumé (spécialiste des transpondeurs), Léo (ornithologue campagnard), Natacha et Amandine (la nouvelle ornithologue hivernante) pour les professionnels. Nous sommes partis avec deux pulkas de matériel (le nécessaire pour les parcs était déjà sur place). Il faisait un temps magnifique.
Les poussins des manchots Empereurs sont grands maintenant. Je les ai vu sortir de l’œuf, grandir, se faire attaquer par les skuas et les pétrels géants. Mais ça fait bien deux mois que je ne suis pas allée au Nunatak. La manchotière s’est beaucoup étalée. Les poussins mesurent 80cm et pèsent quelques 15kg. Ils se rassemblent en crèches et sont gardés par les quelques adultes qui restent quand les autres sont déjà repartis en mer pour se nourrir.
A l’aide de quatre barrières très légères, on parque les poussins sans les adultes. On place une tablette en bois sur le parc pour les opérations de capture. On forme deux chaines de traitement.
Un ornithologue entre dans le parc et capture un poussin. Il le place sur la tablette et lui attrape le bec. De l’autre côté de la barrière, nous (les néophytes) passons sur la tête du poussin une chaussette qui lui cache les yeux, mais ne couvre pas le bec. L’ornithologue place le poussin dos à nous. Nous le prenons en mettant les bras sous les ailerons et le soulevons. Quand on a de la chance, il se débat jusqu’à ce qu’il ait les pattes en l’air. Sinon, quand on n’a pas de chance, il se débat tout le temps.
Comme le bec et les griffes des manchots sont libres de nous blesser, on porte les vareuses oranges (bien solides), des gants de travail (qui nous embêtent et qu’on enlève) et notre masque pour se protéger les yeux.
Les ailerons des manchots leur servent à se propulser dans l’eau quand ils nagent et chassent. Ils sont très fins, plats et forts. Nous maintenons les poussins sous les ailes pour éviter qu’ils ne se déboitent l’épaule en se débattant. Le corollaire est qu’ils battent des ailerons en se débattant et frappent nos avant-bras. C’est comme si on était frappé par un instrument en bois. Un plaisir …
Une fois qu’on a un manchot dans les bras (et qu’il est calme), c’est mignon, doux et ça ne sent pas mauvais comme les manchots Adélie. Nous les apportons à une équipe d’ornithos. Léo (ou Doumé) prend le manchots par le torse, pendant que nous le tenons par les pieds. Le poussin bascule sur le ventre et Léo se met dessus. Il retire le duvet entre la queue et une patte. Passe le lecture de transpondage pour vérifier que l’oiseau n’est pas encore transpondé. Il désinfecte et utilise un genre de pistolet pour injecter une puce sous la peau de l’animal (comme les phoques). Le manchot ne sent rien à cet endroit et ne bouge pas du tout. Pendant ce temps, Amandine (ou Natacha) mesure le bec de l’oiseau avec un pied à coulisse.
On reprend le poussin sur les genoux. Amandine lui mesure les ailes, quand Léo lui prélève quelques plumes au niveau du torse et tâte le ventre du manchot pour savoir si son estomac est plein. Puis Léo maintient l’aile droite quand Amandine désinfecte et fait une prise de sang. Léo met le poussin dans une capuche et le transporte jusqu’à une potence où on pèse l’animal. On marque l’oiseau au ventre et sur le bout des ailes avec de la peinture verte. Et on le libère. Pendant ce temps, Amandine a désinfecté tous les ustensiles et préparé le transpondeur.
Un de nous (néophytes) écrit dans un carnet l’heure, les mesures (bec, ailes, poids), les numéros de transpondeur, la prise de sang et/ou de plumes, le stade de mue et si le poussin a de la nourriture dans l’estomac. Un autre se repose en veillant à ce que les poussins du parc ne se fassent pas la malle.
On a fait deux parcs. Un contenait de petits poussins gentils. Un autre des adolescents prêts à partir en mer et qui voulaient en découdre. On s’est occupé de 33 poussins en une après-midi. Je comprends pourquoi les ornithologues sont fatigués. J’ai moi-même des bleus sur les bras. Comme toujours avec l’agence de voyage de DDU Biomar Tourisme, dirigée par les ornithologues du bâtiment Biomar de la Dumont d’Urville, on est allé le plus loin de la base qu’on pouvait (1 km) et on avait du gâteau et du chocolat chaud pour le 4h.
La photo argentique, c’est de la photo… tout du moins pour celles et ceux qui sont nés avant la photo numérique. Reste qu’il faut développer les pellicules : à DDU, il y a un labo photo.
Tout a commencé par un jeudi de la connaissance sur la photographie argentique proposé par Aubin (l’instrum’ de la base).
Il nous a parlé d’optique de base et de l’appareil argentique (entièrement mécanique), puis de la composition de la pellicule et de la chimie du développement de la photo. C’était très intéressant à tout point de vue.
Je fais partie des vieux de DDU. Mais je comprends encore les références culturelles des plus jeunes, j’adhère à leurs valeurs progressistes et je regarde ou lis des mangas. Mais sur la photo … je me suis vue à l’âge que j’ai.
Mes premiers appareils photos étaient des jetables argentiques. Je sais ce qu’est une pellicule, qu’il ne faut pas l’exposer à la lumière, qu’il faut la développer, etc … Ce n’est pas le cas des plus jeunes sur la base. Pour eux, la « photo », c’est la photo numérique. « Comment est-ce vous développiez les photos ? » (Est-ce qu’on avait chacun une chambre de développement chez soi ? Non !) Nous portions les pellicules à des gens qui les développaient pour nous. Certains gardaient les pellicules dans leur frigos, etc … Tout un tas de pratique que les hivernants de 20 ans n’imaginent même pas.
Et surtout, le vocabulaire a changé sans que je ne m’en rende compte. La « photo » est devenue « photo argentique », quand la « photo numérique » est devenue « photo ». Nous sommes en 2024. Pour l’instant, le vélo est encore un mode de transport où l’on se propulse avec les jambes. Est-ce que bientôt « vélo » signifiera « vélo à assistance électrique », pendant que le vélo historique sera définitivement appelé « vélo musculaire » ?
Aubin nous a proposé de nous prêter pendant une semaine l’appareil argentique de la station, ainsi qu’une pellicule qu’il préparait lui-même. Le conseil était d’utiliser toute la pellicule en une sortie. Puis, nous développerions ensemble cette pellicule. J’ai accepté.
Donc un jour de repos, je suis sortie sur la base pour faire ces fameuses photos. L’appareil était purement mécanique donc il fallait faire avancer la pellicule à la main entre chaque photo. La netteté était à régler à la main. Bien pratique, un curseur donnait une indication de luminosité qui permettait d’ajuster la vitesse. C’était bien agréable de sentir le miroir bouger dans l’appareil. Mais, il était entièrement métallique donc bien froid à l’extérieur même avec les gants … j’étais toujours en Antarctique.
Et comme beaucoup de choses, j’ai laissé filé le temps. On a développé ma pellicule avec Aubin quasiment la veille de son départ (à R0). Les films sont restés pendus à sécher pendant quelques temps dans le labo-photo, déserté les premiers temps de la campagne d’été.
Puis, j’ai tiré les photos avec Doumé (biologiste de la campagne d’été) quasiment la veille de mon départ (à R1). Doumé s’y connaît très bien. Il me ré-explique la théorie.
Le film de la pellicule est panchromatique : il est sensible à 300 nm-700 nm (tout le visible). Nous l’avons donc développé avec Aubin dans le noir le plus absolu. Par contre, le papier est uniquement sensible à 2 couleurs (au bleu et au vert) avec différentes sensibilités en fonction du papier. On peut le manipuler sous de la lumière rouge.
On fixe le papier photo à son support. On règle l’appareil en fonction du papier fournit (quelle quantité de vert et de bleu) et la mise au point en regardant le grain du papier photo. Puis, on fait passer la lumière à travers le négatif sur le papier photo. Mais pour quelle durée ?
Pour regarder, le temps d’exposition, on fait un test de lumière : on prend une bande de papier photo qu’on éclaire par morceaux puis on tire la bande en la passant par des bains.
On est à DDU : Doumé n’est pas sûr de la qualité ou de l’âge des produits… Mais on prépare les bains : révélateur, bain d’arrêt et fixateur puis l’eau et les temps de trempage.
Il n’y a pas de réglage optimal. Il faut des noirs profonds et des blancs, alors c’est bien développé. Mes photos étaient sous-exposées (il y avait des nuages), je vais attendre 35s !pour être sure d’avoir des noirs profonds.
« Merci Doumé, je peux à présent me débrouiller toute seule ».
Après, j’ai enchaîné les tirages. Pour chaque négatif, photo par photo, en changeant les réglages, l’éclairage puis les bains. C’est amusant, mais c’est chronophage. Je ne pas pu travailler sur tous les négatifs. Ca reste très satisfaisant.
Il y a un médecin à DDU. Mais ce n’est pas suffisant.
On est bien en forme pour aller en Antarctique. Nous avons passé des tests physiques et psychologiques. En théorie, il n’y a personne d’allergique sur la base. Mais comme les hivernants vivent un an dans des conditions de vie bien différentes de celles de la métropole, il faut être suivi. Et personne n’est à l’abri d’un accident.
Durant mon hivernage, il y a eu des accidents, des blessures bêtes (parce qu’il n’y a pas de façon intelligente de se faire mal), de l’usure ou des carences. Sophie (la médecin) classait les hivernants entre « ceux qui ont mal au dos et ceux qui ont mal au genou ». Moi, j’avais mal au dos.
Oui, il y a un hôpital à DDU. Un bloc opératoire rudimentaire, un cabinet dentaire, une salle d’examen, une pharmacie et un bureau dans le bâtiment 42. La médecin a été urgentiste de l’hôpital public en France. Elle a reçu des formations supplémentaires en secourisme, en dentaire, etc. Mais elle ne peut pas tout faire toute seule.
D’abord, elle n’est pas isolée de la métropole. En cas de doute, elle peut demander des conseils à ses collègues des TAAFs. Et puis, il y a la télémédecine… Ca, c’est un runing gag : tous les ans, les tests de connexion échouent. Quoi qu’il en soit, on n’opère pas tout seul. C’est pourquoi Sophie a formé des hivernants pour la seconder. Ce sont les « médics ». Mais il faut aussi des personnes formées au secourisme pour extraire et transporter des personnes potentiellement blessées jusqu’à l’hôpital, et des pompiers pour extraire des personnes de potentiels bâtiments en flammes.
Moi, j’étais secouriste, « rescue ». J’avais jusqu’à présent une formation de SST (Sauveteur, Secouriste du Travail) et une formation de travail en hauteur pour me sécuriser moi-même en altitude. Mais « rescue », c’est encore un autre niveau de complexité.
On s’est beaucoup formé à faire des attelages pour extraire les gens sans (trop) se fatiguer et la méthode A B C D E pour dresser rapidement un bilan général de la situation (à transmettre au médecin) et d’identifier les points problématiques à traiter en priorité.
La base historique de Port Martin a brûlé en 1952. Les survivants se sont installés à DDU. On a très peur du feu à Dumont d’Urville. Sur la base, les bâtiments sont éloignés les uns des autres pour éviter une propagation du feu, alors que d’autres pays ont fabriqué des bases compacts pour éviter la déperdition énergétique (par exemple Neumayer).
Nous sommes tous formés à la manipulation d’un extincteur et six personnes sont formées à entrer dans un bâtiment en flamme et extraire quelqu’un. Moi, j’ai fais partie des gens qui les aidés à s’habiller.
J’ai participé durant tout l’hivernage aux exercices et formations. Une fois tous les 15 jours, nous avions une formation « rescue » avec Sophie et une fois par mois, nous avions un exercice incendie avec Ugo. C’était un gros engagement pour certains. Il faut toujours un « médic » et des pompiers sur la base. Donc, les pompiers d’astreinte ne pouvaient pas sortir de la base pour partir en manip ou aller se promener comme ils l’entendaient.
Pour ma part, j’ai beaucoup aimé ces formations et exercices. Elles peuvent toujours servir.
Dumont d’Urville est une base scientifique. Durant la campagne d’été (de novembre à février), une grande partie des personnels sur place sont des scientifiques qui ont quelques mois pour mettre en place leurs expériences. En hiver, les hivernants « sciences » mettent en place les protocoles de suivi sur le long terme de plusieurs programmes. Les personnels techniques font face aux contraintes de l’Antarctique et ont aussi des choses à partager.
Bref, le jeudi soir, après le repas et à la fin du service base, quelqu’un de la base nous présente son travail ou ses hobbies. Cet été, Isabel Charrier nous a déjà parlé de son travail, et on nous promet déjà de parler de manchots et de sciences atmosphériques. Il y a des jeudis de la connaissance pendant l’hiver également. Il faut bien admettre qu’à 24, c’est plus convivial qu’à 80.
Les sujets dépendent des hivernants : de la photo argentique au transpondage des phoques, du cancer de la peau à la préparation d’une sauce.
J’ai moi-même fait deux présentations : une pendant la campagne d’été sur la météo à DDU.
Et puis au cours de l’hiver et au gré des conversations de l’hivernage, j’ai décidé de parler de bande dessinée :
Depuis le retour des phoques, je suis de sortie toutes les semaines. Si je ne suis pas celle qui sors le plus dans l’équipe, je fais partie des amateurs un peu mieux formés.
La première étape, c’est de définir un périmètre sécurisé sur la banquise dans lequel partir à la recherche des phoques. Les ornithologues aussi étaient impatients de sortir explorer les environs, mais pour cela, il fallait attendre des sondages de la banquise jusqu’à Débarquement à 8 km (et à Hélène à 12km). Avec le dista (chef de la station), Natacha et Florent, nous sommes partis dans l’après-midi du 6 novembre. L’aller-retour a été sportif mais un succès. Le périmètre autorisé est immense. Nous ne pourrions pas aller plus loin en une journée de marche.
Cette année, ils étaient deux à devoir sortir à la recherche de phoques : Natacha pour les transpondages et Simon pour les enregistrements audios. Donc ils étaient deux à avoir besoin de personnes pour les accompagner (plus on va loin, plus on doit être nombreux pour des raisons de sécurité) et pour les aider. Les pauvres avaient du mal à recruter, mais nous avions toujours la possibilité de sortir avec eux.
Natacha est une force de la nature. Elle tire sur des kilomètres une pulka surchargée. Elle se lave les mains nues dans la neige par grand vent. Et elle peut repartir le lendemain.
Lors d’une sortie « phoques », on fait le tour de toutes les îles et de tous les icebergs possibles, et Natacha scrute la banquise avec ses jumelles. En elle-même, la balade par beau temps entre les icebergs vaut la peine. Mais là, on cherche les phoques…
J’ai aidé à transponder le premier pup (bébé phoque) de l’année lors d’une sortie avec Natacha, Lise et Aubin, par un vent à décorner les bœufs. Nous avions du mal à avancer et surtout nous ressentions d’autant plus le froid. Il y avait quelques femelles gestantes de-ci de-là qu’on se doit de laisser tranquille. Et puis, au niveau de Derby, on a vu une femelle et son pup.
Il s’agit de placer sous la peau des phoques (pups et femelles principalement) une puce RFID qui les identifie. Pour cela, on vole momentanément le pup à sa mère. Une personne distrait la femelle, pendant que Natacha et possiblement une seconde personne tire le pup à quelques dizaines de mètres. Les phoques mordent, donc Natacha leur met une capuche sur la tête. Une personne monte sur le pup sans mettre de poids sur l’animal, juste pour l’immobiliser et vérifie qu’il respire bien.
Imaginez que vous êtes cette personne. Vous avez enlevé vos crampons pour ne pas blesser l’animal. Vous portez de gros gants parce qu’il mord même à travers la capuche (si, si, ça m’est arrivé). Vous êtes à genou au-dessus du pup. Vous vous assurez que les nageoires restent dans la capuche. De temps en temps, il bouge et vous augmentez la pression. Derrière vous, Natacha désinfecte le dos de l’animal, pas très loin de la queue. Elle vous prévient quand elle pose le désinfectant et quand elle pique parce que le pup s’agite à ces moments. Elle pique à l’aide d’une sorte de pistolet. L’aiguille fait de l’ordre d’un millimètre. De temps en temps, le pup bouge beaucoup et il saigne. Dans ce cas, elle prend de la glace autour d’elle et fait un point de compression. Puis elle vous tend le bout d’un mètre ruban que vous placez à la hauteur du nez de l’animal et vous dit la longueur (de l’ordre de 1,20).
Ensuite, vous vous levez et vous poussez le pup sur un filet, ni trop vers l’avant ni trop vers l’arrière. Le filet sert à soulever l’animal pour le peser. Natacha et vous soulevez l’animal (entre 25 et 50 kg) à l’aide d’une barre que vous placez sur votre épaule. On repose le phoque qui n’a pas cessé de gigoter pendant toute l’opération. On lui enlève la capuche et on le remet à côté de sa mère.
Pendant toute l’opération, la femelle a cherché son petit qui périodiquement crie à l’aide. Les comportements des mères sont très variables, de la fuite à la grande agressivité. Mais un de vous doit toujours la distraire, l’empêcher d’arriver là où vous travaillez ou d’aller piquer le petit d’un autre phoque qui se trouverait par hasard à quelques dizaine de mètres. A l’aide de la capuche pour adulte, votre collègue lui cache la vue des opérations. Pour une raison qui m’échappe les phoques ne nous attaquent pas. Ils sont pourtant beaucoup plus gros que nous (450 kg). Le pire est la morsure, qui n’a pas eu lieu cette année. Une fois qu’on s’est assuré que la mère et le petit se reconnaissent et interagissent ensemble. On note les mesures du pup et son numéro de transpondeur. Natacha désinfecte ses affaires et prépare d’autres aiguilles. Vous nettoyez dans la neige le reste du matériel de toutes les déjections que le pup a pu y déposer.
Les sorties se sont enchainées, vers Débarquement et aussi vers Hélène. Je fais partie des happy-fews qui ont pu aller à Hélène. J’ai fais une dernière sortie avec Coline, la coordinatrice science de l’IPEV en début de campagne d’été. Les petits partaient déjà à l’eau. Et puis début novembre, la banquise a débâclé.
Isabelle Charier est chercheuse au CNRS. Elle étudie les communications mère-jeune. Est-ce qu’ils sont capables de se reconnaitre et surtout à quel moment à partir de la naissance cette reconnaissance se met-elle en place ? Pour cela, elle et Simon enregistrent les cris de contact entre les pups et leurs mères. Ils suivent une quinzaine d’individu de Bernard à Pasteur.
Ils vont placer une enceinte à côté de la mère à l’opposé du pup et vont émettre une série de cris, de son petit mais aussi d’autres petits du même âge. Ils filment la scène pour savoir si la femelle a une réponse comportementale différente aux cris de son jeune, vis-à vis d’un jeune étranger. Et ils font la même expérience avec les pups en diffusant des cris de mères. Isabelle fait cette expérience juste après la naissance (quand c’est possible), ou alors une semaine après la naissance, puis à 2 puis à 3 semaines. A chaque fois, le pup grossit donc sa voix change. Elle calcule les temps de latence entre les réactions et les premières diffusions. Est-ce que la mère s’approche du micro ou est-ce qu’elle va renifler son petit ou vérifier s’il est bien à coté d’elle. Il faut attendre le bon moment pour diffuser les cris. Il ne faut pas que les phoques soient trop vocaux ou agités (on ne différencie pas à quoi ils réagissent), ni trop endormis (sans quoi ils ne réagissent pas).
Les premiers résultats indiquent qu’il y a peu de réponses des petits, sauf quand ils sont tout seuls. Sans doute ont-ils une plus grande motivation à retrouver leur mère et les soins maternels à ce moment-là. Les femelles, quant-à elles, réagissent aux cris de leur pups quand ils ont entre 1 et 2 semaines.
Le 20 novembre, c’est la débâcle de la banquise depuis quelques jours. Nous ne savons pas si l’accès jusqu’à Pasteur (à 5 km) sera possible ou non, car cette île est cachée par le glacier. La décision tombe le matin après un vol de reconnaissance de l’hélicoptère. C’est bon, nous avons l’autorisation de partir.
Nous sommes partis à trois (Simon, Antoine le nouveau responsable technique et moi). L’équipement de Simon était trop lourd. J’ai pris une deuxième pulka. Après quelques kilomètres, la mer n’est plus qu’à une dizaine de mètres. Arrivée à Pasteur, nous nous avons fait une première expérience. Le long d’une rivière, pas très loin de quelques phoques allongés sur la banquise. On élargit la faille à la scie de façon à avoir un beau trou.
Simon met à l’eau : un haut-parleur qui restitue les chants des phoques, une webcam qui filme l’arrivée potentielle des animaux et un microphone qui enregistre l’expérience. On amarre solidement le tout dans la glace. Et on attend 10 min. Puis on lance les sons : 5 fois 5 phrases différentes. Puis on attend à nouveau10 min. Bref, on a eu le temps de manger notre sandwich durant la manip’. Mais à la troisième phrase, un phoque a sortie la tête de l’eau. Il a sorti les narines de l’eau une dizaine de fois, à chaque inspiration. Simon a déjà fait l’expérience de la réaction violente d’un phoque à cette phrase. Pour lui, elle veut dire quelque chose. Nous sommes sceptiques. Et si c’était jusque le temps que le phoque curieux arrive ? Un hasard que ce soit à cette phrase.
Nous sommes ensuite allés à Derby. Simon a changé l’ordre des pistes. Une fois de plus un phoque apparaît. Il est plus prudent que le premier. Il nous a vu à travers le trou d’eau. Il faut dire que nous étions bien plus attentif et proche du trou lors de cette deuxième expérience. Le phoque a pris peur. Il est allés respirer quelques mètres plus loin.
Enfin, nous sommes arrivés à Florence. Là, nous sommes tombés sur un trou de 80cm de diamètre dans la banquise. Nous avons bien évacué la glace flottante et envoyé uniquement la phrase en question. Un immense phoque est arrivé. On a pu le voir nager sous l’eau, c’était magnifique. Une deuxième phrase quasi identique a produit le même effet. Puis on a envoyé une musique quelconque et aucun phoque n’est apparu. Simon était aux anges.
J’ai sans doute assisté à une grande découverte scientifique : la musique qui appelle les phoques.
Quand j’ai commencé à parler d’Antarctique, Virginie a été une des premières à s’enthousiasmer pour mon projet. Virginie est institutrice à l’école primaire de La Fouillade, un village voisin de Najac où j’habite. C’est donc tout naturellement que nous avons convenu de quelques interventions auprès des élèves de son école. Puis j’en ai parlé avec le conseiller en charge de la culture à Najac. Il m’a mis en contact avec Bélinda, la directrice de l’école primaire de Najac.
J’ai rencontré les élèves dans leur école en novembre 2023.
Avec le recul, je pense que c’était important que les enfants me voient en chair et en os avant mon départ, avant qu’on discute par visioconférence, comme nous le faisions tous les mois jusqu’aux grandes vacances.
Et ça a été une super expérience. J’envoyais tous les mois quelques photos. Ça me permettait de faire le point sur ce qui s’était passé à Dumont D’Urville. Les institutrices les montraient aux élèves. Elles m’envoyaient leurs questions. Puis, lors des visios, les élèves s’adressaient directement à moi.
Bref, l’année s’est très bien passée de mon point de vue. Et en juin, les élèves de La Fouillade m’ont dit au revoir avec de petits exposés et des dessins de remerciement. Puis, ils sont partis en vacances.
A la rentrée, c’est une nouvelle classe (avec quelques anciens) qui s’est présentée à moi. Ils étaient aussi enthousiastes à la vue du paysage de banquise que l’année précédente. Ils avaient toujours des questions mignonnes et intéressantes. On va encore faire une dernière visio avant que je ne reprenne le bateau pour Hobart. Et, qui sait, je passerai sûrement les voir en mars en France.
Nous avons eu un temps magnifique une bonne partie de l’année. Il fallait en profiter.
D’abord, il y a les petites sorties, comme faire de la luge ou de la pétanque.
Cette année, la banquise est particulièrement praticable. Elle s’est formée en mars et n’a pas débaclé depuis. On a donc peu de zones de chaos. La glace est ainsi restée parfaitement horizontale et solide pendant tout l’hivernage. Ça offre des possibilités.
J’ai eu l’opportunité de faire du patin à glace sur la banquise. Il y a des pantins à glace sur la base. La banquise n’est pas parfaitement plane. Le vent forme de petites vagues de neige de quelques millimètres (sastrugi) qui ensuite se transforment en glace en gardant la même forme. On ne va donc jamais très vite ou très loin en patins à glace. Mais l’étendue de « glace bleue » sur laquelle glisser était très vaste.
J’ai aussi fait du vélo tant que je pouvais.
Et puis de temps en temps, il neige. On a eu peu de neige cette année. Mais certains ont fait du ski. La neige est très poudreuse. Juste après être tombée, elle ne porte pas du tout. On nage dedans. Ne serait-ce que quand elle fait 50cm d’épaisseur, ça devient dur de se déplacer, voire dangereux car on ne voit plus les failles. Après quelques jours, elle est parfaitement dure et nous porte sans problème. Je n’ai pas trouvé le moment où les raquettes sont un atout vraiment utile.
On ne va pas très loin sur la banquise. Au maximum le périmètre autorisé va jusqu’à Hélène (12,5 km) et Débarquement (7 km). Ce n’est pas très loin, mais on marche dans la neige ou sur des monticules de neige. C’est long et fatiguant, même pour de toute petites sorties.
C’est un problème partout dans le monde. Quand on marche on a trop chaud et quand on s’arrête, on a froid. Ce qui change à DDU, c’est la gestion de l’humidité. Quand on marche, on transpire et puis quand on est mouillé, on a froid, même quand on marche.
Il y a la transpiration, il y a aussi la respiration. On se protège le visage du vent par des tours de cou et des cagoules. La respiration condense instantanément sur les tissus, qui prennent l’aspect du carton et on sent le contact de la glace sur son visage. Parfois la vapeur d’eau remonte le long du visage et condense sur les cils.
Je prends toujours plusieurs tours de cou et cagoules avec moi, que je change régulièrement au fur et à mesure de la balade.
Le minimum, c’est un sac banquise. Imaginons qu’on tombe dans un trou sur la banquise, c’est alors très dur de se faire secourir avant l’hypothermie. On emmène donc avec soi une corde flottante, des affaires de rechange, des affaires étanches, des chaufferettes, à manger et une thermos. C’est le minimum et tout de suite lourd et encombrant.
Si en plus de cela, on part en mission. Il faut ajouter le matériel soit de transpondage, soit d’acoustique, de sondage, etc. C’est un luxe de se balader avec des pulkas.
Qui n’a pas mangé son sandwich congelé sur la banquise ? Un sandwich, ça se mange froid et ça ne contient pas d’eau : quel besoin y a t-il de le maintenir au chaud ? C’est une erreur de débutant. Après quelques heures sur la banquise toute nourriture semble avoir été passée au congélateur. C’est très désagréable à manger. On met des bouillottes dans les sacs isothermes qui contiennent les repas.
Je ne suis pas très sportive. Mais en métropole, je fais du vélo quasi-quotidiennement : je vais au travail et je me promène à vélo. Je randonne quelques fois par an. Rien de trop violent.
A Dumont d’Urville, on est très statique. On mange bien. On s’empâte. On se démuscle. Quelque part, il faut trouver le moyen de bouger.
J’avais pris la décision de faire du vélo d’appartement plusieurs fois par semaine. En campagne d’été tout allait très vite. Je n’ai eu le temps d’aller à la salle de sport qu’après quelques mois. Elle se trouve dans un bâtiment technique (le 75) entre les réserves médicales et le stockage des déchets.
La première fois, j’ai eu du mal à m’y mettre. Pour moi, le vélo d’appartement, c’est pas du vélo ! En tout cas, c’est les pires conditions de vélo : t’as pas le paysage, pas la vitesse ou le vent dans les cheveux. Tu n’as même pas le coté pratique du transport d’un point à un autre et pas non plus la satisfaction d’avoir monté un col. Par contre, tu as tous les inconvénients : l’odeur de ta sueur, l’exercice physique et le mal au fesse. Et puis, aller à la salle de sport, je pensais que c’était un truc de m’as-tu-vu.
Mais bon, je manquais tellement d’exercice qu’après 20min, j’étais réconciliée avec la machine : juste un peu en sueur, mais pas trop fatiguée. C’est un peu ce que je demande à l’appareil. Il est d’utilisation facile. Tu te mets dessus. Tu pédales. Tu as des indications… En particulier le temps.
La salle de sport n’est pas mon endroit préféré, mais c’est bien pratique, en particulier après plusieurs jours de vent.
Mon utilisation de la salle de sport est très limitée : un peu de vélo, un peu de rameur… Mais comme la salle de sport est aussi une salle de musculation, certains suivent des programmes de renforcement musculaire. Il y a eu des séance de yoga et de pilate, et puis de nombreuses épreuves des Jeux Australiques.
J’en ai déjà parlé dans l’article sur la nuit polaire. Il s’agit d’une compétition sportive entre les trois districts austraux (Crozet, Kerguelen, Saint Paul et Amsterdam), la base franco-italienne de Concordia, et celle Dumont d’Urville.
Les épreuves sont très nombreuses et il y en a pour tous les goûts : du crossfit à l’essuyage de vaisselle, du dessin à la chorégraphie. Toute la base a participé.
Les activités d’intérieur, il n’y en a pas tant que ça. Les activités d’extérieur sont plus intéressantes.